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Semaines Saintes

J18- Cas confirmés UK : 48 000 (+ 41% depuis J15); Kensington and Chelsea : 258 (+24%)

Morts : 4934 (+64, 4 %)

Mercredi commencent pour une semaine les fêtes juives de Pessah, la semaine sainte chrétienne a commencé dimanche dernier pour s’achever à Pâques dimanche prochain, et, en Grande-Bretagne, le Ramadan débutera le 23 avril.

Les trois grands monothéismes s’apprêtent donc à se recueillir, à méditer sur le sens de la nourriture matérielle mais aussi spirituelle soit en jeûnant, soit en évitant de manger un certain type de nourriture.

En ces temps de confinement où il n’est plus possible de trouver en rayon la même diversité extraordinaire (et exagérée) de produits, nous voilà, croyants ou non, forcés de réfléchir à notre rapport à la société de consommation et à nos relations avec les autres.

Ces temps où l’on se souvient de différents passages, nous conduisent aussi réfléchir au passage à l’après coronavirus. Que faire pour ne pas retomber dans nos vieux travers sociétaux? Que faire pour aider ceux qui en auront besoin lors de la grave crise économique annoncée en France comme en GB et partout ailleurs ?

La réponse est peut-être à chercher d’abord en nous-mêmes et, pour cela, le net ne manque pas de propositions.

Sandra poste sur un groupe WhatsApp le conte du Roi et de ses 4 femmes invitation laïque à prendre soin de son âme.

Isabelle me signale un site de théologie et un site de Carême.

Les guides de méditation sont nombreux, les propositions de réflexion philosophique et politique aussi. Mon amie France m’indique, par exemple, Cynthia Fleury dans Boomerang. Et il y en a plein d’autres.

Je vous propose quelques citations prises sur le blog de René Pujol

« Toute étroitesse de notre cœur porte en elle le danger de mettre d’autres hommes à l’étroit. Chaque rêve de notre être que nous n’osons pas vivre détruira des rêves dans le cœur d’autrui. Chaque espoir que nous refusons nous-mêmes ravira l’espoir à d’autres hommes. » 

Eugen Drewermann, De la naissance des dieux à la naissance du Christ

« Un système social est profondément malade quand un paysan travaille la terre avec la pensée que, s’il est paysan, c’est parce qu’il n’était pas suffisamment intelligent pour devenir instituteur. »

Simone Weil, L’enracinement

Le confinement, une occasion de se centrer sur l’essentiel et d’espérer !

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Cheveux blancs

J 15. Cas confirmés UK 34 000 (+ 79 % depuis J11); Kensington and Chelsea : 208 (+47,5%)

Morts: 3000 (+246 %)

L’ augmentation du nombre de cas est saisissante. Il y a maintenant plus de 500 morts par jour en GB. Un niveau comparable à celui de la France alors que l’épidémie est arrivée ici plus tardivement que sur le continent. Sans doute le résultat de la politique initiale qui consistait à laisser le virus se développer au sein de la population.

La seconde politique, le confinement, n’est en place que depuis 15 jours mais, pour la première fois, le temps me semble long. Il me faudrait en profiter pourtant. Déjà, les racines blanches de mes cheveux apparaissent. J’avais décidé de passer doucement au poivre et sel mais, dans cette atmosphère morbide, j’ai parfois l’impression qu’accepter ses cheveux blancs c’est non seulement accepter le passage à la vieillesse, la mort qui se profile mais surtout accepter une perte d’énergie à laquelle je ne suis pas sûre d’être prête.

Pour (re)voir la vie en rose, je suis (ou suis tentée par) certaines activités sur le net :

  • Le cours « Understanding Fashion: From Business to Culture » de l’Institut Français de la Mode (IFM) sur Future Learn (gratuit).
  • Le cours d’initiation à la calligraphie japonaise de l’atelier Miyako ici
  • Les cours d’initiation au dessin de Sophie Levygaley sur Facebook

…Et la lecture, bien entendu. Cette semaine, deux ouvrages africains :

« My sister, the serial killer  » par Oyinkan Braithwaité, Atlantic books ed. Que faire quand on est doté d’une soeur tueuse en série? La dénoncer ou la protéger? Roman sympathique et loufoque qui donne un aperçu de la situation des femmes dans la société nigérianne.

« Afrotopia » par Felwine Sarr, Philippe Rey ed. Economiste, l’auteur se demande comment penser l’Afrique au-delà des catégories laissées par le colonialisme. C’est érudit et bien écrit, original, il me manque une partie sur le rôle des femmes africaines.

Rappelons les oeuvres du groupe « Femmes qui écrivent » de Londres :

  • Laetitia et son blog de haikus
  • Lucie Paye « Les coeurs inquiets », Gallimard
  • Seh Lynn « Deux coréennes », Buchet Chastel
  • Christelle de Sèze « Cahots en couleur », Baudelaire
  • Isabelle Scherer « La fuite des poulets roumains », Librinova

Tous ces ouvrages peuvent être téléchargés ou commandés en ligne.

Bon week-end !

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A vomir

J 12. Cas confirmés UK 19 000 (+ 58,3 % depuis J9); Kensington and Chelsea : 141 (+28 %)

Morts: 1228 (+212 %)

Ce dimanche j’ai failli vomir. Symptôme du COVID-19 ? Non, réaction à la page du « Mail on Sunday» qui accuse Michel Barnier d’avoir délibérément transmis le Covid-19 à Boris Johnson.

Voilà le niveau du débat politique au Royaume-Uni. Le pire c’est que les lecteurs de la presse caniveau seront sans doute convaincus par ces accusations.

Il n’y a a pas de quoi pavoiser en France cela dit. Je suis effarée par le nombre de gens qui soutiennent les théories complotistes sur les réseaux sociaux et par la violence des commentaires. Est-il devenu impossible d’être en désaccord politique avec quelqu’un dans l’Hexagone, sans être pour autant considéré comme un ennemi à abattre?

Après tant d’articles sur le Covid-19, le Mail on Sunday m’a fait repenser au Brexit. Où en sommes-nous ? Visiblement cela se passe mal.

L’UE a publié un premier document résumant ses positions de négociation mais le RU n’a toujours pas fournit l’équivalent britannique.

Les deux équipes, privées de leurs chefs malades (Barnier pour l’EU; Frost pour le RU) devaient se parler par visioconférence. Celles-ci sont si improductives qu’il aurait été décidé, d’un commun accord, de les arrêter.

Le Royaume Uni semble penser que la pandémie limitera les conséquences négatives de la sortie de l’Union car les échanges commerciaux seront déjà réduits au minimum. Le gouvernement répète qu’il ne demandera pas d’extension de la phase de négociation.

Entretemps
– Le RU a décidé de sortir de l’Agence Européenne du Médicament ce qui ne l’aidera pas à mettre en place des programmes de recherche ou à acquérir des médicaments lors de la prochaine pandémie
– Idem pour l’Agence de Sécurité Aérienne de l’UE
– Il a refusé de participer au programme d’achat européen de ventilateurs hospitaliers qui vient d’être mis en place et auquel il avait été invité.

Il semblerait donc que nous soyons partis pour un hard Brexit dont les conséquences négatives seront mises sur le dos du Covid 19 ou de ces horribles Européens qui infectent volontairement les Britanniques…

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Un premier mort

J-9 Cas confirmés UK : 12 000 (+48, 5 % vs J7); Kensington and Chelsea : 110 (+20,8 %)

Morts: 578 + 37 %

Très tristement, l’ancien compagnon d’une de mes cousines est mort du Covid-19. Hommage à cet homme qui aimait la vie et l’art.

C’est le premier décès d’une personne que je connais. Sa famille a du faire face aux nouvelles conditions de funérailles : cercueil immédiatement fermé, impossible de revoir le corps de l’être aimé. Incinération dans les deux jours et enterrement à la fin du confinement. Ayant perdu ma mère il n’y a pas si longtemps, je pense à la douleur de ne pas pouvoir accompagner un être cher comme on le souhaite, de ne pas le veiller, de ne pas lui dire un dernier adieu, de devoir attendre pour une cérémonie familiale. Terribles moments …

A Londres, la pandémie devient réelle : Boris Johnson qui se vantait encore il y a 15 jours de serrer les mains des malades annonce souffrir du Covid 19, son ministre de la santé aussi. Les chiffres explosent.


Comme en France, les controverses sur le manque de masques et de gants se poursuivent.

Comme en France on parle de vaccins bientôt au point, de tests à grande échelle,

Comme en France le personnel médical n’en n’a, pour l’instant, pas vu la couleur.

Une différence cependant : alors qu’Edouard Philippe prévient qu’il va falloir serrer les dents les prochaines semaines, Patrick Vallance, le chef des experts qui conseille le gouvernement, espère une amélioration d’ici trois semaines grâce à un confinement pourtant bien moins sévère que celui des pays du Sud Européen. Cross fingers…

Comme en France, hier soir, nous sommes allés au balcon applaudir les soignants.

Comme en France, le système de santé ici a été victime d’énormes coupes budgétaires…

Je m’interroge : applaudir avec Boris Johnson n’est-ce pas aussi laisser les bons sentiments masquer la gravité des problèmes ?

La beauté du silence

J-7 : Cas confirmés UK : 8077 (+ 42, 1 % depuis J5)

Kensington and Chelsea : 91 (+12,3 %)

Morts : 422 (+ 50 %)

Enfin, nous sommes officiellement confinés, depuis lundi soir exactement. Et là on voit la différence. Plus personne ou presque dans les rues, trafic automobile réduit, bus vides, 20 personnes maximum à la pharmacie, 2m de « social distancing » entre chaque client.

Il était temps: j’entends parler de plus en plus de gens malades, même le prince Charles a le Covid-19. A la télé, les professeurs de médecine se succèdent qui, comme en France, conjurent les gens de rester chez eux et déplorent le manque de moyens. Pas assez de masques etc… C’est assez inquiétant, d’autant plus que, selon Libé, le Royaume-Uni se situe en bas du classement des pays européens en ce qui concerne le nombre de lits en soins intensifs (6,6 pour 100 000 habitants, contre 9,7 pour l’Espagne, 11,6 pour la France, 12,5 pour l’Italie et 29,2 pour l’Allemagne). Cela dit, il n’y a pas d’attestation de sortie à signer comme en France, ou d’amendes. Cela viendra sans doute. En attendant la dispute porte sur les ouvriers du bâtiment. Doivent-il continuer à travailler ou pas ? Le maire de Londres (Labour) dit non, le gouvernement (Conservateur) dit oui à condition que la règle des 2 m entre ouvriers soit respectée ce que je trouve fort hypothétique sur un chantier. A suivre….

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles : 250 000 personnes se sont portées volontaires pour aider les personnes confinées d’office par le gouvernement jusqu’en juin i.e. faire les courses ou leur passer un coup de fil. Belle solidarité. Si vous habitez Londres et que vous souhaitez participer : https://covidmutualaid.org/local-groups/

Vous pouvez aussi participer à une étude belgo-française sur les effets psychologiques du confinement:https://uclouvain.be/fr/instituts-recherche/irss/covid-et-moi.html?fbclid=IwAR0XcpnZWIBCmsmYnl6PScwOpAZdaKfwmg_eInlc34EUeh2MdTWpMrEUocA

A titre personnel, la bonne nouvelle c’est que je redécouvre le silence. Nous habitons sur l’une des lignes d’approche de l’aéroport d’Heathrow. Qu’elle soit activée et le premier avion nous réveille. Le bruit se mêle à d’autres pendant la journée, nous n’y faisons pas attention mais il suffit d’un week-end plus calme, d’une baisse du trafic routier pour n’entendre plus que les avions pourtant encore assez haut dans le ciel. Cela a cessé ou presque. Que plaisir ! Je me rends compte du degré de pollution sonore auquel nous étions exposés.

Paressant sur mon canapé, je viens de lire d’une traite « Surface » d’Olivier Norek. Pocket ed. Un polar mais qui ne parle pas de virus…

STAY the f… HOME !!!

Cas confirmés UK : 5683 + 42, 6 % depuis J3; Kensington and Chelsea : 81 +22,7 %

Morts : 281 + 58 %

Escapade à la pharmacie de matin. Les distances de sécurité sont très bien respectées sauf au comptoir où le personnel est, sans protection, à 50 cm de distance des clients. Au retour je croise des joggers, des couples. Comment faire pour se croiser en respectant les fameuses distances ? Mystère. Je m’écarte autant que je peux et tourne la tête.

Nouveautés depuis samedi : Le gouvernement a décidé de confiner les personnes à risque pour les 3 prochains mois. Bel effort. Cela représente 1,5 million de personnes. Les autres se voient conseiller de rester chez elles mais, la production doit continuer… Allez comprendre. Du coup, la presse regorge de photos des foules qui se sont pressées dans les parcs et sur les quais de la Tamise ce week-end. Le secrétaire d’Etat à la santé les traite de « très égoïstes ». Cette invective sera-t-elle suffisante pour induire un changement de comportement ? Aucune mesure coercitive n’est en place pour les particuliers. Imposer quoique ce soit n’est pas dans l’ADN politique national. Et de nombreux Britanniques sont persuadés qu’il sont exceptionnels.

« Je préfère mourir en faisant les choses que fait un citoyen libre plutôt que de me planquer comme un chien dans un chenil parce que le gouvernement me l’a ordonné (Twitter@LPerrins)

 » Partout en Europe le gouvernement dit aux gens de rester chez eux. On n’aime pas ça ici, ce n’est pas dans nos traditions » Nick Robinson BBC4 retwitté par Alex Taylor

Résultat : puisque pendant ce temps, le trafic ferroviaire a été réduit, les gens qui ne savent plus s’ils doivent aller travailler ou non, étaient au touche-touche dans les trains ce matin. Et un hôpital du nord de Londres crie déjà au secours. Cela me met en colère. BoJo n’apprend-il rien de ce qui se passe sur le continent?

Une chose est sûre : à 10 jours de décalage pas de différence dans l’incivisme en Italie, en France ou en Grande-Bretagne. Pas de différence dans le dévouement des personnels de santé non plus. Reste à savoir, des vertueux ou des crétins criminels, lesquels seront les plus nombreux. Une très bonne analyse de la situation en cliquant ici

Ma lecture du week-end n’était pas plus légère que l’ambiance londonienne. « Le corps d’après » de Virginie Noar. Le corps d’après c’est celui que découvre une femme après son accouchement. Le contraste avec la vie d’avant. Ecrit, très bien, avec violence, ce roman est pour moi davantage celui de la réactivation des émotions et des traumatismes de l’enfance qui advient lors d’une naissance, que le récit du corps d’après. François Bourin ed. 250 pages.

Pour ceux et celles qui sont inquiet(e)s un site pour s’autotester : https://maladiecoronavirus.fr.

Take care !

Lire, écrire au soleil

J 3 – Cas confirmés : UK 3983 (+21 % depuis hier) – Kensington and Chelsea : 66 (+15,7 % )
Morts : 177 (+22,9 %)

Il fait beau et je croise les doigts pour que les gens restent chez eux malgré l’appel du soleil. A la poste, aucune distance de sécurité respectée. C’est terrifiant mais que faire ? J’ai fait remarquer au postier qu’il laissait ses clients prendre des risques inutiles…Une bonne nouvelle : le gouvernement a fini par fermer pubs, bars, restaurants et clubs de gym hier soir. Bien entendu nombre d’imbéciles se sont précipités boire une dernière bière…

Pour oublier le doom and gloom, nous allons profiter du soleil depuis la fenêtre et de la littérature. Plein de livres à lire, un à écrire : j’ai décidé de retravailler mon deuxième roman.

En cadeau de week-end et pour suivre la discussion commencée hier, un texte envoyé par Sophie L, une amie de book club :
« Imaginez le confinement raconté par les grands auteurs :

Flaubert : raconte l’ennui d’une jeune femme confinée avec son mari.

Balzac : raconte l’histoire de la fabrication du canapé où son héros est assis.

Proust : Son héros tond pendant le confinement. L’odeur de l’herbe coupée lui remémore son passé.

Beckett : Deux hommes attendent la fin du confinement qui n’arrivera jamais.

Ionesco : Le confinement attend la fin de l’homme.

Zola : Raconte avec précision le quotidien d’un ouvrier d’Amazon contraint de travailler.

Maupassant : Son héros confiné, à des hallucinations et devient fou.

Feydeau : Un mari, sa femme et l’amant de celle-ci sont confinés ensemble, des quiproquos en perspective.

Musso : Deux personnes que tout oppose sont confinés dans la même maison. Ils tombent amoureux.

Marguerite Duras : confinée. Se confiner. Je crois que ça va durer 14 jours. Ou peut-être plus. Promener mon chien. Absence de chien. L’attestation était pourtant prête sur la table.

Stephen King: un alcoolique repenti, confiné, est torturé par le fantôme de son frère jumeau mort à 8 ans qui le pousse à tuer sa femme obèse et fanatique religieuse.

Pascal : confiné, l’humain lance une appli de paris en ligne à propos de la date de fin du confinement ou de la date de fin du monde

Kafka : un homme confiné s’ennuie, regarde une mouche courir sur son plafond… À la fin, c’est la mouche qui le regarde, courir sur les murs…

Bukowski : se lève à midi et boit une bière au petit dej avant d’écrire le plus beau poème jamais écrit en se grattant les couilles.

Camus: le confinement ne fait qu’accentuer l’esprit étroit de l’homme et enferme ses questions dans des bocaux sans réponses

Lamartine : « Un seul cas de coronavirus et tout est dépeuplé. »

Pennac : l’adulte confiné retrouve son âme d’enfant et plonge dans des aventures imaginaire« 

Bon week-end !

La bourgeoise et le coronavirus

Jour 2 – 20 mars 2020

Cas confirmés: UK 3269 (+24 % depuis J1) – Kensington and Chelsea : 57 (+3,6 % )
Morts : 144 (+38 %)

Je n’avais pas posté mon premier article depuis une heure qu’une de mes filles me transmettait un papier de Félix Lemaître (Brain magazine). Intitulé « Lettre aux écrivains bourgeois qui nous refourguent leur journal du confinement » c’est une critique adressée à Leïla Slimani qui va régulièrement faire paraître son journal dans le Monde. L’auteur lui demande d’arrêter de parler d’elle-même, bourgeoise privilégiée, de ne pas « pondre un essai sur la post-modernité » mais d’écrire pour parler des autres et transcender la terreur.

De l’autre côté du spectre politique, Sylvain Tesson dans le Figaro fait une critique en règle du « tout mondialisé » et invite à la (re)-découverte de l’intériorité via la littérature. C’est sur la même note « Nous avons devant nous des semaines peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux » que s’achève le « texte d’un confiné de Venise » mis en ligne sur mon groupe WhatsApp de « Femmes qui écrivent».

Il me semble que ces textes se répondent.

D’abord tous voient en cette crise le désaveu d’une civilisation fondée sur l’échange mercantile et l’accumulation des biens. Rien ne serait donc plus comme avant quand nous serons déconfinés? A voir… à espérer si cela permet enfin de s’attaquer aux enjeux du changement climatique. Oui, on observe moins 25 % de gaz à effet de serre en Chine au cours du mois de février 2020, tandis que le trafic aérien mondial a baissé de 4,3 %. Les particules fines, responsables chaque année de près de 9 millions de morts prématurées à l’échelle de la planète, d’après l’OMS, sont en baisse également. Jean Jouzel sur France 24 dit que l’on a gagné 100 millions de tonnes de CO2 sur deux semaines. Oui, cela donne un espoir sauf si tout repart d’un coup sans réflexion sur nos modes de production.

Ensuite l’intériorité à laquelle se réfère Tesson est un instrument pour transcender la terreur mentionnée par Lemaître. Il me semble qu’avant la littérature, elle passe par l’apprivoisement du silence. Et je me pose la question : y a-t-il un moment dans ces journées confinées où j’essaie vraiment de faire silence ? Qu’est-ce qui peut m’y aider ?
La méditation permet de se centrer sur l’essentiel en soi-même mais ouvre-t-elle suffisamment à l’autre ? Pour ce faire elle doit se transformer en prière.
Pas uniquement car l‘intériorité sous-tend l’action et là, je suis rassurée quand je vois, outre les soignants, toutes les personnes qui se mobilisent pour faire leurs courses pour les voisins ou donner un coup de main.

Quant à moi, puisque la littérature favorise l’intériorité tout en parlant des autres je vous soumettrai la liste de mes lectures.

Première recommandation : Lucie Paye « Les coeurs Inquiets» Gallimard ed. On y parle amour et création, deux autres fruits de l’intériorité.

Jour 1- 19 mars 2020

Cas confirmés: UK 2626 – Kensington and Chelsea : 55
Morts UK : 104

Confinée. La dernière fois c’était il y a longtemps, une autre vie presque, quelques jours dans une chambre au papier bleu, au bord de la mer. Les oreillons, des joues de hamster, la rage de ne pouvoir aller avec les copains à la plage et le goût du sirop de menthe dont ma mère me faisait boire des litres. Mais, au-delà de ma chambre, la vie continuait.

Sur notre île britannique, il aurait été facile de croire que seul le continent était concerné. Jusqu’à hier aucune mesure particulière n’avait été prise. Le gouvernement recommandait de se laver les mains et de rester une semaine à la maison en cas de symptômes. Il ne faisait que conseiller des mesures de « restrictions sociales » qui n’ont nullement empêché les parents d’accompagner leurs enfants à leurs matchs de foot ou de rugby ni les gens de fréquenter pubs et restaurants. Paradoxalement, il devenait impossible de trouver du papier toilette ou des pâtes sans les supermarchés.

250 000 morts étant prévus, ainsi que la noyade du service public de santé si cette politique se poursuivait, nous avons assisté à l’un des plus grand rétropédalage gouvernemental de ces dernières années. Après l’Ecosse et le Pays de Galles, l’Angleterre ferme enfin ses écoles. Mais le confinement n’est toujours pas obligatoire et, si le gouvernement demande aux gens d’éviter pubs et restaurants, aux personnes âgées et aux femmes enceintes de s’isoler, il n’a toujours pas donné d’ordre de fermeture. Les mauvaises langues suggèrent qu’il ne faut pas ruiner les assurances.

Heureusement les entreprises et les gens ont été plus raisonnables, mon mari est en télétravail depuis dix jours, théâtres, cinéma et musées ont fermé leurs portes, le métro est déserté.

8h 30 du matin. Jubilee line

Samedi dernier, cela paraît une éternité, j’ai assisté au lancement du livre d’une amie et le mardi précédent j’étais allée nager, pourtant nous avions déjà annulé plusieurs sorties avec des amis. Inconscience ? Difficulté à changer de mode de vie plutôt dans des situations que j’ai bêtement évaluées comme moins à risque qu’une soirée au théâtre ou au restaurant.

La perspective du confinement français a entraîné le nôtre, volontaire, nourri par la crainte de nous trouver dans un bouillon de culture coronavirusé et non contrôlé. Depuis dimanche, nous ne sortons plus que pour faire les courses et quelques mouvements de gym dans le square d’à côté en faisant bien attention qu’il ne s’y trouve personne.

Ces deux derniers jours ont été ceux de l’inquiétude : que devenaient nos enfants en France ? Allaient-ils avoir le temps de s’organiser avant le début du confinement officiel ? Pas de nouvelles de notre fils interne à Montpellier. Et d’ailleurs ont ils suffisamment de masques là-bas ? Mon plus gros souci est surtout de savoir quand je vais les revoir. Edouard Philippe a menacé de fermer la frontière avec le Royaume Uni si celui ci n’était pas plus sérieux, les chiffres publiés par la BBC prévoient un pic de contamination en juin. Je comptais rentrer en France fin avril. Sera-t-il possible de passer ?

Nous sommes dans un appartement confortable, bien mieux lotis que beaucoup, mais la question se pose. Combien de temps pourront nous tenir sans craquer ?

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